dimanche 15 avril 2012

Grimace & Simagree

Par Dalf
Voici les deux personnages principaux pour qui ce blog existe !
L'original est un crayonné. Je commence à utiliser un logiciel d'infographie pour la colorisation !

Soyez cléments :p

lundi 2 avril 2012

Version 3.2

Bonsoir chères âmes, 

Je me devais de faire un petit récapitulatif de ce qui a été fait, et qui n'est donc plus à faire dans un futur proche. Voici un échantillon de nouvelles, écrites, la plupart en atelier. Qui dit atelier, dit consignes. C'est pourquoi, le corps de texte peut parfois sembler légèrement saugrenu. 

Quoiqu'il en soit, j'espère que vous apprécierez ce petit moment de lecture sur mon blog. Les prochaines nouvelles arriveront bientôt. Juste le temps de la maturation.

Conseil d'un Sifu : "Suivez les signes".

Mauritius Story



Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas comment. Mais je me retrouve dans cet aéroport. Sans doute parce que je n'ai rien à faire à ce moment précis et que j'ai envie de tuer le temps, pour ne pas me tuer. En me prenant pour une actrice américaine, j'entre, je m'appuie sur le comptoir d'un air glamour, et j'achète un billet.

J'ai regardé l'affichage des départs, et je me suis dit, bon bin...l'île Maurice alors ! A ce qu'il paraît, il y a un bon rapport qualité/prix...Pourquoi ne pas tenter ? Je lance un texto à ma cousine, un texto à ma meilleure amie, et un texto à ma mère.

Ne jamais oublier la règle des trois. Dés qu'il se passe quelque chose, une aventure en ville, une anecdote au boulot, bien, pas bien, il faut le dire à trois personnes. Ça ne pèse pas longtemps sur le cœur, ça permet a ) de faire partager l'émotion, et b) de passer rapidement à autre chose.

Du tac au tac je reçois de ma cousine : « Quoi ? Maintenant ! Mais t'es folle ! Je me marie dans 2 semaines et t'es mon témoin ! ». De ma meilleure amie « ça te ressemble ! Oublie pas de m'envoyer une carte postale, et pitié...m'achète pas de chocolat. », de ma mère : «  qui va étendre la machine de linge et donner à manger au chat? ». Je souris, éteins mon téléphone, et le glisse dans ma poche. J'ai trois heures devant moi, avant mon fameux vol.

La nuit tombe. Les mains croisées sur mon ventre, je fixe les feux de la piste d'atterrissage. Puis, illumination, je me lève, et me dirige vers le duty free. Je n'ai rien emmené, mis à part un sac à main. Celui-ci comporte le minimum vital, papiers importants, carte de crédit, carte vitale (très important), et...le fameux...l'incontournable...l'inoubliable : le labello sunshine, spécial hydratation des lèvres et protection solaire.

D'un pas décidé, j'arpente donc les rayons du magasin, et ne prend que des indispensables : le vernis Chanel rouge pourpre, qui irait à ravir à ma petite cousine gothique, qu'elle pourrait me prêter de temps en temps (avec un tailleur noir ça fait classe). Une montre Swacth water proof, au tour de poignet violet, orné de fleurs dorées, idéale pour la plongée sous-marine,. Et une paire de lunette solaire, car oui....à mon grand dam, j'avais laissé les miennes dans la boîte à gant de ma voiture.

En parlant de voiture...Il n'est pas réellement judicieux de laisser Célébrindal (le nom elfique de ma clio) une semaine sur le parking de l'aéroport. Je rallume mon téléphone et envoie à ma mère :
  • Stp Aggrippine, récupère mon char sur le parking. Inutile de te défiler, je sais que t'as piqué mon double de clé.
J'éteins de nouveau mon téléphone. Je mets une boîte de chewing-gum péche-cassis dans mon panier, et vais payer mon modeste tribu à la caissière du duty free, quand une voix nasillarde résonne dans la salle d'attente :
  • Ladies, and gentleman...Je passe mentalement sur la partie en anglais, soudainement frappée par un mauvais présentiment. Mesdames et Messieurs, le vol à destination de Maurice est reporté à demain matin, en raison d'une alerte rouge...
Mon cerveau entend les mots Cyclone, proche, côtes, remboursement, bus...Je paye, ravalant l'arrière goût amer de mon envie d'évasion. Mes emplettes sous le bras, je rallume mon téléphone.
  • Yo cousine, tu m'invites à manger ce soir ?

Omission



Maman est allongée sur un lit d’hôpital. Le ventre boursouflé. Une césarienne qui n’a pas bien cicatrisée. Sa plaie, rouge, suinte. Dans un berceau transparent, un bébé pleure. Moi. Une petite boule, violette.
Maman veut se lever, me prendre dans ses bras. Mes cris l’empêchent de dormir. Elle a peur pour moi. Elle se redresse. La douleur est trop intense. Elle renonce. Je continue à geindre.
Ma naissance se déroule sans aucune intimité dans cet hôpital. Je sais que maman s’est senti humiliée. Le docteur était accompagné d’un troupeau d’internes.
Après l’accouchement, elle leur a donné mes trois prénoms : un pour le père, un pour la mère, et l’usuel, celui qu’on me fera répéter à chaque rentrée des classes.
Des kilomètres plus loin, mon oncle. Il emploie le mot « bâtard », « illégitime », « honte ». Il n’est pas content. Le ton monte. Il crie. Un homme en face de lui, tient un bouquet de fleurs dans ses mains. L’homme est silencieux. Il aimerait venir me voir. Il aimerait parler avec Maman. Mais l’oncle l’en empêche.
Alors l’homme part. Il jette le bouquet dans une poubelle. Maman attendra sa visite. Mais maman ne le verra pas dans cet hôpital.
L’homme dégluti. Il a fait avorter sa femme, ironie du sort, il se retrouve avec un enfant adultère.
Dans la chambre, nous sommes quatre. Maman, moi, une folle et son rejeton. Maman n’aime pas cette femme qui s’accroche aux barreaux du lit en hurlant à la mort lorsqu’elle reçoit des visiteurs, et qui lance des malédictions à tout va.
En catimini, grand-mère et une tante m’apportent des biberons de tisane. J’aime entendre les battements de leurs cœurs lorsqu’elles me serrent contre leurs poitrines. J’aimerais que ça dure plus longtemps, mais il faut faire vite. Il faut tout cacher, les infirmières ne veulent pas qu’elles me donnent quoique ce soit provenant de l’extérieur.
La plaie de maman s’aggrave. Elle doit rentrer à la maison. Je pleure encore. Je ne supporte pas le froid du berceau. Je me sens seule. Maman aimerait que je sois auprès d’elle. Mais elle ne peut toujours pas me prendre dans ses bras.  
La maison de grand-mère est grande. Trop grande pour des femmes seules, et un bébé. Maman ne bouge plus. L’infirmière grimace lorsqu’elle soulève le linge. Maman lui dit « C’est pas joli hein ? ». Il faut du temps. Maman guérit. Son ventre sera barré d’une grande cicatrice chéloïde, à vie.
Jusqu’à mes vingt-ans, je ne savais de ma naissance, que les mots « césarienne », « cicatrice », « violette ». Et comme un pavé dans la mare, j’ai découvert par inadvertance, ou plutôt après un dérapage, que certains éléments sont omis.
Eléments qui auraient sans doute changé le cours de mon adolescence.

Poussière, livres et escalier.


J’insère la clé dans la serrure. Lumière. Je vois mon reflet dans le miroir. Le fameux miroir...Un grand morceau de verre planté en plein milieu du hall d'entrée. Une maison. Un peu ma maison. Mais pas tout à fait. Elle m'a vu grandir. Elle m'a vu pleurer, rire, jouer, me bagarrer.

En ouvrant les portes ce matin, je me suis dit « c’est la dernière fois ». Un dernier rendez-vous avec une très, très, ancienne connaissance. Une visite teintée d'une note de grisaille et de volutes poussiéreux, ma foi. Le mot d'ordre, « prendre tout ce qui t'intéresse » a dit la tante. « Il faut vider les lieux pour les nouveaux arrivants. »

Les nouveaux arrivants...Des gens vont vivre dans cette maison. Des gens que je n'ai jamais vus. Des gens qui ne savent rien de nous. De moi, de ma cousine courant de pièce en pièce, jouant à nous faire peur. De ma grand-mère regardant les vieilles télénovelas brésiliennes sur un canapé déplumé. De mes oncles fumant leurs cigares sur la terrasse, avachis dans de gros fauteuils, parfois accompagnés de ma mère.

Ils iront se laver les mains dans le lavabo en céramique bleu. Celui dans lequel je me trempais les cheveux pour faire croire à grand-mère que je m'étais lavée. Ils iront à l'étage, en empruntant l'escalier en bois, aux marches espacées dont les lattes craquent à chaque pas. Souvent, je m’imaginais rater une marche, tomber dans le vide. Ou voir l’escalier s’effondrer.

Cet escalier je les descendu sur les fesses un bon nombre de fois parce que je tremblais de peur. Ce même escalier je le monte à présent, serrant fermement la rambarde entre mes doigts. Encore hantée par de vieux démons.

A l'étage, une armoire, aux portes vitrées. Remplies de livres. Des pièces de théâtre, des romans photos, des collections entières d’histoire à l’eau de rose. Des générations différentes, oncles, tantes, cousins, y ont entassés leurs trésors. C'est ici que j'ai trouvé Dune de Frank Herbert, Peur bleue, mon premier Stephen King. C’est parti pour la razzia…

J'évite les collections « je t’aime, moi non plus », « pour toujours et à jamais mon amour », et autres « donne-moi ta main péronnelle, que je t’épouse ». Bon...allez...J'en prends deux ou trois que je montrerai à mes enfants. Je me vois déjà : « Regarde les horreurs de l’ancien temps mon fils ! Aller va lire ton Werber ».

J’enfourne la collection de Strange dans mon sac. Comment partir sans les bds has been que ma mère lisait à quinze ans ? Impossible ! Que je sois damnée si je les abandonne en d’autres mains. Un petit livre de dicton par-ci, un petit Balzac par-là, une demi-douzaine de bouquins plus tard…

Petit baluchon est devenu bien gros, et un peu trop lourd pour mes frêles épaules. Hors de question de le remettre sur mon dos pour descendre les « escaliers démoniaques ». Je prends mon courage à deux mains, et traîne mon sac, marche après marche, en soufflant bruyamment. Je me croirai dans un mauvais cartoon.

Le périple parvenu à sa fin, je jette le baluchon sous le porche. Après un dernier regard en arrière, je referme les portes de LA maison. Je contemple mon reflet disparaissant petit à petit dans l’obscurité et la poussière. Je tourne la page sur un chapitre de ma courte existence.



Artiste en herbe




Une femme ? Un corps de femme ? Négatif de photo ? Peinture ? Me laisser aller à la rêverie... Paupières closes, l'image d'une de mes héroïnes de bd, ma création. Une fée moderne. Une « Ultimate ». LA fée ultime.

Je me sens plonger dans mon monde imaginaire.

« Trop tard pour en sortir indemne » me souffle une petite voix intérieure dans un rire sardonique. Je sombre, entraînée par un tourbillon de pensées chaotiques. Sans doute trop influencée par les mangas, les comics, et l'univers fantastique de mes romans. Je me sens vaciller. Je me braque. Mon corps tout entier se contracte. Je me retrouve dans un autre univers en une fraction de seconde. Une silhouette diaphane, se rapproche. Je voudrais ne plus penser, ne plus imaginer. « Vaine tentative » « Tais-toi petite voix !».

Les paupières closes, je me concentre sur l'apparition qui me hante. Elle m'envahit. Féminité ultime, dans sa combinaison jaune ultra-moulante. Silhouette à l'ossature massive, aux muscles fins et saillants, auréolée d'un flux d'énergie violet. Je me sens artiste face à elle : l'Ultimate. Sans visage. Aucune expression. Juste la violence qui émane de son corps et pénètre le mien.

Je perçois distinctement les pulsations de son cœur. Sa poitrine se soulève et s'abaisse suivant un rythme régulier. Son calme apparent ne fait pas illusion. Je vois nettement son sang bouillant, serpenter sous sa peau ambrée. Ses veines en feu, gonflées parcellisent ses membres et son cou de stries pourpres. Les résidus d'âmes qui lui restent sont consumés par une rage sourde, étouffée dans les abîmes de son être, mais dont l'écho me parvient. Limpide. Mélodieux à m'en faire perdre la raison. Je suis déjà à moitié folle d'oser lever les yeux sur une créature dont l'apparence ne laisse présager que l'imminence du danger.

J'ai beau chercher à fuir, je suis face à l'Ultimate. Bien qu'elle n'ait rien de démoniaque, j'ai peur. J'affronte dans une lutte mentale un corps vide de conscience. Une enveloppe charnelle qui se fait réservoir de puissance et de haine.

Mes mains tremblent. Je frissonne. Je tiens mon crayon, emparée d'une frénésie indescriptible. Dans un état second, je la dessine. Pendant qu'elle est là. L'Ultimate tend une main vers moi. Son énergie me terrasse, je suffoque.

Alors je quitte ce monde. Je reprends possession de mon corps. Plutôt satisfaite de mon croquis. Petite voix me susurre « bien joué cocotte, au péril de ta vie , tu m'épates» ! Je fixe mon œuvre, un sourire au coin des lèvres. Je sens une main se poser sur mon épaule.

  • Maman ! Comment tu trouves mon dessin ?
  • Tu t'es bien amusée. Maintenant va faire la vaisselle.

Rejet


Comme je te hais ! Il me semble ne jamais avoir ressenti une once d’affection pour toi. Toi qui n’es autre que le lac dans lequel je me noie. La pierre retenue à mes chevilles par la chaîne de la filiation m’oblige à m’immerger complètement dans ce qui te constitue. Cette étendue de liquide aux relents éthyliques pénétrant mon système olfactif. Pourtant, j’ai appris à nager, mes malgré ça, tes vagues de mots, sont des flots de paroles qui m’assaillent et me font couler. Je me débats. Je lutte. Mais je perds pieds dans ton univers abyssal. Alors je sombre avec toi.

Toi qui me transforme en monstre. Toi qui me rends fauve, hargneuse et agressive. Comme je te hais de faire de moi ta chose à force de cris, de coups et de violence. Tu uses de ta puissance sur mon esprit fragile, t’attaquant à mon corps. Dans cette relation, bien que deux univers se rencontrent, l’un inhibe l’autre et le reconstruit à son image. Un rapport animal dominant, et animal soumis. Un conflit perpétuel entre la louve alpha et le rat d’égout.

Ainsi, tu réveilles en moi mes plus bas instincts. Ceux qui me font devenir un chien hargneux qui préfère mordre les mains qui s’approchent de lui, plutôt que de recevoir des coups. Je deviens une bête à mon tour, l’âme méchante, en voulant à la terre entière de ne pas voir dans quel étau tu me serres. Le mental, en apparence aussi froid, glacial que de l’acier chirurgical. Car pour obtenir l’acier, il faut d’abord passer par des températures élevées, dans lesquelles il va fondre, se transformer, se reconstituer, pour obtenir son aspect final.

Les autres ont peur, les autres ne savent pas, ou ne veulent pas savoir. Ni les bleus sur mes bras, ni les coupures sur mes veines ne semblent les alerter. Il faut que tout aille pour le mieux, dans le meilleur des mondes. Avant j’essayai de leur montrer le mien. Mais les humains ne veulent pas s’aventurer loin de la lumière. Ils sont habitués à suivre le chemin qu’on leur montre. Et grâce à toi, je fais parti de ceux qui lorgnent ces privilégiés, à moitié écroulée dans la fange du caniveau.

Toi, tu es la cause du froid que je dégage. De ce comportement hautain, prétentieux, de cet humour cynique. Affronter mes démons, équivaut à t’affronter toi. Autrement dit, je me dois d’arborer ma carapace d’indifférence et de tenir mon épée de cruauté à bout de bras, et ce, en permanence. Tel Sisyphe roulant sa pierre, je te combats silencieusement chaque jour. Essayant vainement de ne pas perdre la bataille pour mon esprit, afin qu’il ne soit pas en ta possession, puisque j’ai déjà perdu celle du corps.

Ces hurlements qui sortent de ta gorge saturent mon atmosphère. Les volutes de fumée émanant de ta bouche, polluent la limpidité de mes pensées, car infectées de la noirceur de ton venin. Une bête tu es, une bête tu veux que je sois. Je suis ton pantin, sur lequel tu déchaîne ta frustration. Tu prends un malin plaisir à tirer sur les fils de ta marionnette, qui lui ont été imputés depuis sa naissance.

Jour après jour j’abhorre tes sourires, ta voix, ton odeur. Autant de symboles de ta personne que je devrai vénérer car tu m’as donné la vie.

Car oui, l’être que je répugne le plus au monde n’est autre que toi ma mère.